JULES CÉSAR : À L’ORIGINE D’UN CALENDRIER TOUJOURS UTILISÉ PAR L’ÉGLISE ORTHODOXE RUSSE
Jules César va fixer un calendrier d’une telle précision qu’il ne sera remis en cause que 1 600 ans plus tard. Il restera en usage en Grèce jusqu’en 1923 et est encore utilisé aujourd’hui par plusieurs Églises orthodoxes, dont celle de Russie.
Le calendrier correspond à une année. Pour en calculer la durée, on peut se fonder soit sur les cycles lunaires, soit sur le Soleil, c’est-à-dire sur la révolution de la Terre autour du Soleil. Dès l’Antiquité égyptienne, la durée de l’année est estimée à partir de la crue du Nil, qui coïncide avec le solstice d’été. Il suffisait alors de compter le nombre de jours jusqu’à la crue suivante. Sans en avoir conscience, les égyptiens ont donc fonder leur calendrier sur la révolution de la Terre autour du Soleil. Le résultat obtenu était de 365 jours, alors que la durée réelle d’une année est de 365,242 jours. La précision du calendrier égyptien est stupéfiante.
Il comporte toutefois une erreur d’environ un quart de jour. Elle est corrigée au IIIe siècle avant J.-C. par l’ajout d’un jour supplémentaire tous les quatre ans : c’est le principe de l’année bissextile - toujours utilisée aujourd’hui -, ce qui porte la durée moyenne d’une année à 365,25 jours. À cette époque, l’année égyptienne compte déjà 12 mois.
Du côté des romains, on cherche d’abord à définir un point de départ pour compter les années. Celui-ci correspond à la fondation de la ville de Rome, traditionnellement fixée à 753 avant J.-C. On parle alors de datation ab Urbe condita (AUC), c’est-à-dire « depuis la fondation de la Ville ». Ainsi, l’an 100 AUC désigne la centième année après la fondation de Rome. En 525 après J.-C., le moine Denys le Petit propose de modifier le calcul des années et de fixer le point de départ du calendrier non plus à la fondation de la ville de Rome, mais à la naissance de Jésus-Christ, il affirme que Jésus-Christ est né en 753 AUC, soit 753 ans après la fondation de Rome, et que cette année est le nouveau point de départ.
Selon la tradition, Romulus, premier roi de Rome, établit un calendrier lunaire de 10 mois totalisant 304 jours. Son successeur, Numa Pompilius, introduit une réforme en tenant compte du cycle solaire : il ajoute deux mois et fixe l’année à 355 jours, complétée par des mois intercalaires irréguliers. Ce système, trop complexe et mal appliqué, entraîne rapidement des dérives.
Un nouveau système est alors mis en place, avec des intercalations plus fréquentes, tous les deux ans. La durée moyenne atteint alors 366,25 jours. Dès le VIIe siècle avant J.-C., l’année romaine comporte déjà également 12 mois, et sa structure se rapproche de celle que nous connaissons aujourd’hui. Pour des raisons religieuses, l’année débute le 1er mars.
Malgré ces ajustements, le calendrier reste sujet à manipulation. Sa gestion étant confiée aux pontifes et son application aux consuls, il n’est pas rare que certains abusent du système : les premiers peuvent être soudoyés pour ajouter des mois supplémentaires, tandis que les seconds peuvent prolonger artificiellement certaines années afin d’allonger leur mandat.
C’est dans ce contexte que Jules César décide de réformer le calendrier. En 46 avant J.-C. (708 AUC), il profite de sa charge de Pontifex Maximus, c’est-à-dire chef des pontifes et donc en charge du calendrier, et fait appel à Sosigène d’Alexandrie pour concevoir un système plus fiable.
La première tâche de Sosigène d'Alexandrie consiste à réaligner le calendrier romain sur les saisons. Le constat est sévère : un décalage d’environ 90 jours s’est accumulé par rapport à l’année solaire. Pour corriger cette dérive, l’année 46 avant J.-C. est exceptionnellement prolongée à 445 jours grâce à l’ajout de plusieurs mois intercalaires.
La seconde mission consiste à établir un nouveau calendrier. Celui-ci, remarquablement précis pour l’époque, est très proche de celui que nous utilisons encore aujourd’hui :
l’année compte 12 mois ;
le début de l’année est fixé au 1er janvier, date d’entrée en fonction des consuls ;
l’année commune dure 365 jours ;
février compte 28 jours (29 lors des années bissextiles), les autres mois ayant 30 ou 31 jours ;
un jour intercalaire est ajouté tous les 4 ans au mois de février.
Après la mort de Jules César (alias Caius Julius Caesar), le mois de Quintilis est renommé Julius (juillet) en son honneur. Plus tard, le mois de Sextilis devient Augustus (août), en hommage à Octave Auguste, premier empereur de Rome. L’intitulé des mois est resté le même depuis.
Le calendrier julien atteint ainsi une durée moyenne de 365,25 jours, au lieu de 365,242. Restant encore légèrement trop long, ce calendrier entraîne un décalage d’environ un jour tous les 128 ans.
À l’échelle historique, cette dérive devient importante. En 1582, on constate que la date de Pâques, fixée en 325 lors du Concile de Nicée, accuse un décalage de 10 jours.
Le pape Grégoire XIII décide alors d’y remédier par la bulle Inter gravissimas, promulguée le 24 février 1582.
Notons que le pape porte également, comme Jules César, le titre de Pontifex Maximus, héritage de la Rome antique (voir la chronique : https://www.leschroniquesdechoppin.com/les-chroniques/le-pape-chef-de-la-religion-paenne-romainenbsp).
Bulle Inter gravissimas du 24 février 1582
D’une part, pour corriger l’écart d’un jour tous les cent ans, il est décidé que les années séculaires, c’est-à-dire celles qui se terminent par deux zéros (1600, 1700, 1800, etc.), ne sont pas bissextiles, sauf si elles sont divisibles par 400. Ainsi, les années 1600 et 2000 sont bissextiles, tandis que 1700, 1800 et 1900 ne le sont pas. De même, 2100, 2200 et 2300 ne seront pas bissextiles, contrairement à 2400. La durée moyenne de l’année « grégorienne » devient alors légèrement plus courte que celle de l’année julienne, réduisant l’écart à environ un jour tous les 3 000 ans.
D’autre part, pour rattraper le retard accumulé de 10 jours, il est décidé que le lendemain du 4 octobre 1582 sera le 15 octobre 1582.
Reste alors à faire appliquer ce nouveau calendrier au monde.
Les États italiens, l’Espagne et le Portugal l’adoptent immédiatement. La France fait de même, mais opère la transition du 9 au 20 décembre 1582. En Suisse, les cantons catholiques l’adoptent dès 1584, tandis que les cantons protestants s’y refusent dans un premier temps.
En effet, les protestants manifestent une certaine résistance. On dit volontiers qu’ils préfèrent être en désaccord avec le Soleil plutôt qu’en accord avec le pape. Ils finirent toutefois par adopter le calendrier grégorien plus tardivement, comme en Angleterre en 1752.
Le calendrier en place étant d’origine religieuse puisque le point de départ est la naissance de Jésus-Christ, la Révolution française crée un calendrier républicain qui fait démarrer les années - à l’instar de Rome - à la fondation de la République française. Napoléon y mettra un terme et reprendra le calendrier grégorien en 1806.
L’Europe de l’Est est alors soit orthodoxe, soit sous domination de Empire ottoman, musulman. Ces régions n’adopteront le calendrier grégorien qu’au début du XXe siècle.
En Russie, les bolcheviques arrivés au pouvoir souhaitent se mettre au diapason du monde occidental qui utilise le calendrier grégorien, mais également marquer une rupture par rapport au régime impérial. Le calendrier julien prend fin 1918 et le retard de 13 jours est rattrapé : on passe ainsi du 31 janvier au 14 février 1918.
La Grèce, indépendante de l’Empire Ottoman depuis 1830, revendique avec force son origine orthodoxe et est hostile à l’adoption d’un calendrier catholique. Elle finit par l’accepter en 1923, ce qui fait de la Grèce le dernier État européen à abandonner officiellement le calendrier julien. On peut ainsi souligner que le calendrier instauré par Jules César y aura été utilisé pendant près de deux millénaires.
Toutefois, plusieurs Églises orthodoxes — notamment en Russie, à Jérusalem, en Macédoine, en Serbie et en Géorgie, ainsi que le patriarcat arménien de Jérusalem et l’Ancienne Église de l’Orient — utilisent encore aujourd’hui le calendrier julien pour le calcul des fêtes religieuses. Ainsi, Noël y est célébré le 7 janvier selon le calendrier grégorien.
Le schisme entre les Églises d’Occident et d’Orient, entre Rome et Constantinople, entre catholiques et orthodoxes, demeure, à bien des égards, encore visible aujourd’hui.
Tristan CHOPPIN HAUDRY de JANVRY