“ROI D’ANGLETERRE ET DE FRANCE” : UNE PRÉTENTION ANGLAISE DURANT PLUS DE QUATRE SIÈCLES (2/2)

Alors que les Français avaient exclu les femmes de la succession à la couronne de France pour empêcher les Anglais d’y prétendre, ces derniers obtiennent un nouveau droit sur celle-ci à la suite de l’une des plus grandes défaites militaires de l’histoire de France, la bataille d’Azincourt (1415). Ironie du sort, la couronne de France est cette fois-ci sauvée par une femme : Jeanne d’Arc.

Statue de Jeanne d’Arc place des Pyramides, Paris

En 1415, la France et l’Angleterre sont toujours en guerre. Henri V, roi d’Angleterre, qui avait envahi la France, est en fuite vers Calais avec son armée affaiblie pour regagner son pays afin de lever une nouvelle armée. Les Français le poursuivent et la bataille devient inévitable. À Azincourt, l’armée française, largement supérieure en nombre, est décimée : la cavalerie française, empêtrée dans la boue et pilonnée par les archers anglais, n’atteint même pas les lignes adverses. Les hommes en lourdes armures s’enlisent à leur tour, c’est un désastre. Les anglais n’ont plus qu’à finir le travail, et ils ne feront pas de prisonniers.

La France n’a jamais été aussi faible de toute la guerre de Cent Ans. Le fils du roi de France, le Dauphin Charles, fuit à Bourges. Henri V a les mains libres, il prend toute la Normandie et surtout, Paris. Le roi Charles VI signe en mai 1420 dans la cathédrale de Troyes, un traité qualifié d’“honteux” :

  • Charles VI donne la main de sa fille à Henri V.

  • Charles VI lègue la couronne de France à sa mort non pas à son fils le Dauphin Charles, mais au roi d’Angleterre Henri V.

Le sort de la France est scellé : le roi d’Angleterre devait (enfin) coiffer la couronne de France à la mort de Charles VI, qui gagne le surnom de “Charles VI le Fol”.

Mais l’histoire, on le sait, ne suivra pas ce scénario.

Charles VI meurt, Henri V devient alors “roi de France” en vertu du traité mais il meurt très vite après en laissant un fils qu’il a eu avec la fille de Charles VI, Henri VI. Ce dernier est donc roi d’Angleterre et prétend au trône de France à un double titre : d’une part, par sa mère, fille du dernier roi de France, soeur aînée du Dauphin Charles - mais la loi salique exclut la transmission de la couronne par les femmes (voir partie 1) -, et d’autre part, en vertu du Traité de Troyes.

Blason d’Henri VI, roi d’Angleterre et de France

Le Dauphin Charles, réfugié à Bourges, ne déclare pas forfait : si la moitié Nord de la France reconnaît Henri VI, la moitié Sud, alors surnommée le “royaume de Bourges”, reste fidèle au Dauphin Charles.

Le Dauphin Charles veut récupérer la couronne de France et va compter sur deux armes : la loi et l’épée.

LA LOI : Une Couronne “inaliénable”

Le premier obstacle est juridique : le roi de France Charles VI le Fol a légué la couronne de France au roi d’Angleterre par un traité international.

Un grand juriste, Jean de Terrevermeille, va trouver la faille : il soutient que la couronne de France n’appartient pas au roi de France, mais à la nation française.

Par conséquent, le roi ne dispose pas de la couronne, il n’en est que le gardien.

À sa mort ou son abdication, celle-ci est automatiquement transférée à son successeur, désigné par les lois de succession du Royaume, fondées sur la loi salique. Le roi ne peut donc ni céder ni léguer la couronne à qui que ce soit. Il s’agit d’une limite, pas des moindres, à la monarchie absolue.

Dès lors, le roi Charles VI le Fol ne pouvait léguer la couronne de France au roi d’Angleterre. Le “honteux Traité de Troyes” est donc nul.

L’ÉPÉE : JEANNE D’ARC

Le Dauphin Charles étant devenu automatiquement roi de France à la mort de son père Charles VI le Fol, il peut donc légitimement reprendre le contrôle du territoire. Il prend le nom de Charles VII.

Il reste qu’en pratique, l’armée anglaise est là, et elle cherche à traverser la Loire pour envahir la moitié Sud du pays qui lui résiste. Une ville, fidèle à Charles VII, verrouille l’accès : Orléans. Elle est assiégée par les anglais à partir d’octobre 1428. Si elle tombe, les anglais auront le champ libre pour envahir le “Royaume de Bourges”. 

Alors que la situation est critique, une jeune fille d’à peine 17 ans, venue de Lorraine, traverse le royaume jusqu’à Chinon pour rencontrer Charles VII. Elle prétend entendre des voix et être envoyée par Dieu pour sauver la France.

Pour convaincre Charles VII, elle propose de la laisser essayer de libérer Orléans du siège anglais. Il accepte.

Jeanne arrive sur les bords de Loire avec quelques soldats et surtout, un ravitaillement. Orléans envoie des navires pour les récupérer. Un miracle se produit : le vent pousse les navires d’Orléans vers Jeanne et une fois ceux-ci chargés, le vent se retourne et pousse alors les navires vers Orléans. Les anglais ne peuvent rien faire. La ville est ravitaillée et surtout, regagne espoir. Jeanne galvanise les habitants en se promenant dans les rues et en distribuant de la nourriture à la population. Jeanne sort ensuite d’Orléans, rejoint des renforts et attaque les positions anglaises, qui tombent les unes après les autres.

Le 29 avril 1429, Jeanne ravitaille Orléans ; le 8 mai 1429, elle libère définitivement Orléans.

10 jours. C’est à peine croyable. Pour certains, Jeanne est un ange, pour d’autres, une sorcière…

Jeanne veut aller plus loin : Charles VII doit être sacré roi de France. La Cathédrale d’Orléans est - désormais - un choix facile. Mais la Cathédrale de Reims est le lieu du sacre des rois de France. Le problème est qu’elle est située sur le territoire contrôlé par les anglais. Ce serait un nouveau miracle : chevaucher en territoire ennemi pour faire sacrer Charles VII dans la Cathédrale de Reims. Charles VII a désormais confiance en Jeanne, il accepte.

Jeanne enchaîne les victoires, en particulier à Patay (1429) où elle écrase l’armée anglaise et remporte une des plus belles victoires de l’histoire de France. La revanche sur Azincourt est prise. Jeanne et Charles VII arrivent à Reims où ce dernier est sacré roi de France le 17 juillet 1429.

Jeanne veut continuer immédiatement le combat, mais Charles VII lui retire son soutien. Elle subit des défaites, puis est capturée à Compiègne en 1430. Elle sera jugée pour sorcellerie et brûlée par les anglais à Rouen le 30 mai 1431.

Sans Jeanne, la France serait probablement anglaise. Justice lui sera rendue en 1909 par sa béatification, puis en 1920 par sa canonisation par l’Eglise. Sainte Jeanne est fêtée le 30 mai, jour de sa mort.

Elle est la sainte patronne secondaire de la France après la Vierge Marie. Sainte Jeanne ne pouvait rêver d’un plus grand honneur. 

CONCLUSION

Charles VII poursuivra, lentement mais sûrement, la reconquête complète du territoire français. Il sera surnommé “le Victorieux” en 1453 après une magnifique victoire à Castillon, en Aquitaine, permettant la reprise de Bordeaux. Toute la France est reconquise à l’exception de la ville de Calais qui n’est reprise qu’en 1558. Le traité mettant fin définitivement à la guerre de Cent Ans est conclu à Picquigny en 1475. Cette guerre a donc duré 138 ans.

Les rois d’Angleterre ont eu, par deux fois, de solides prétentions à la couronne de France. Celle-ci leur échappe grâce au génie juridique des Français et à la résilience des rois de France.

Il reste que les Anglais nourriront une rancoeur durable : tous les monarques d’Angleterre se feront appeler “roi (ou reine) d’Angleterre et de France” et continueront d’arborer la Fleur de Lys de France sur leur blason jusqu’en 1801, soit près de 500 ans après Édouard III.

Cette rivalité plonge la France et l’Angleterre dans des guerres répétées bien après le Traité de Picquigny, les deux nations trouvant toujours un prétexte de se quereller, comme par exemple l’indépendance d’une colonie anglaise qu’on appellera les États-Unis d’Amérique.

La dernière bataille de l’histoire opposant la France et l’Angleterre a lieu à Waterloo, en 1815, laquelle est perdue par Napoléon.

Tristan CHOPPIN HAUDRY de JANVRY

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